Manolo, officier républicain espagnol exilé politique en France depuis 1939, parlait rarement de la guerre d’Espagne. Mais, quand il le faisait, il rappelait sentencieusement que les « fachas » n’avaient pas tardé à montrer leurs vraies motivations.
A peine un mois après le soulèvement, quelques nervis exécutaient près de Grenade Federico García Lorca, un vieux maître d’école et deux toreros.
Manolo en concluait : « Ils n’éliminaient pas seulement la poésie, le savoir et la tauromachie, ils affichaient aussi leur haine de tout ce qui ne correspondait pas à leur vision du monde : l’homosexualité du poète, l’infirmité de l’instituteur qui était boîteux, la liberté d’esprit des banderilleros qui étaient anarchistes ».

Samedi dernier à Nîmes, alors que nous attendions patiemment dans la queue pour entrer aux arènes, près de deux cents sauvages braillards ont déboulé sur nous difficilement contenus par la sécurité. Parmi les gentillesses proférées à notre encontre par ces quelques antitaurins plus qu’agités (que pesaient-ils face à la marée de spectateurs qui venaient emplir l’arène?) l’une d’elles me fait toujours le même effet. « Fasciste ! »
Je ne m’y ferai jamais. Manolo était mon père…Le peu que je tiens de certitudes me vient de lui.

Oui, je suis républicain !
Oui, je suis démocrate !
Oui, je suis antifasciste !
Oui, je suis aficionado !

Comme lui, comme d’autres, beaucoup d’autres, en France, en Espagne et dans le monde !

Ce dimanche 27 mai à Madrid, répondant au mot d’ordre « La tauromachie est violence » seront sans doute plus nombreux qu’à Nîmes les animalistes mobilisés par plus d’une centaine ce collectifs espagnols et étrangers.
Mais, que pèseront-ils face aux plusieurs centaines de milliers de spectateurs qui cette année encore assistent et assisteront aux corridas de la San Isidro ?
Pourtant, là aussi, encore, fuseront les insupportables insultes de « fachas ».
Sauf qu’en Espagne elles prennent une autre dimension.

Sur deux cents « pélerins » en France, venus de tous horizons, utilisant le terme de fasciste, on peut gager qu’aucun n’a subi le fascisme dans son quotidien, ni dans sa famille, au point qu’aucun ne sait pratiquement de quoi il parle ni ce qu’il dit.
Pour autant, l’ignorance n’est pas une excuse.
Sur quelques dizaines de milliers d’autochtones (l’an dernier à Madrid, pour une manifestation similaire ils étaient près de 30000) on peut gager que tous ont eu à connaître de Franco dans le quotidien au moins de leurs parents, au point qu’aucun pratiquement n’ignore ni de quoi il s’agit, ni de quoi il parle.

Alors, s’il vous plaît, par respect pour Manolo, par respect pour tous ceux qui ont eu à souffrir ces temps obscurs, n’acceptons pas, n’acceptons plus !
Pour ma part, et le présent coup de gueule en est le point de départ, je compte à bref délais réunir un collectif de personnalités pour mener ce combat pour le respect de notre dignité..

Oui, tous ceux qui sont républicains,
Oui, tous ceux qui sont démocrates,
Oui, tous ceux qui sont antifascistes,
Oui, tous ceux qui sont aficionados, doivent ce respect à tous les toreros républicains, à tous les toreros antifascistes.

La tauromachie ne saurait être assimilée à aucun parti.
Les « fachos » en seraient bien trop contents puisque cela donnerait raison à Franco de l’avoir utilisée à ses propres funestes desseins).
Pas plus que l’animalisme à aucun autre.
Les « végans » et autres activistes du salmigondis antitaurin se retrouveraient eux bienheureux d’y trouver des soutiens.

Rodolfo Arias