La Camargue a perdu un Seigneur

« De soleil en soleil et de vent en vent » (1), l’année s’avançait à tâtons vers la funeste Pleine Lune du corbeau. Dans les « Amères prairies… qui n’ont à l’œil ni fin ni terme » (1) les salicornes ont frémi et les sagnes plié sous le souffle obscur de la neuvième nuit de Carême. Du côté du Cailar, le Vistre s’est paré de sélénites écailles et les prés ont retenti de mille échos « sabotant » une assourdissante samba en l’honneur du Seigneur qui s’en partait rejoindre ces contrées de lumière et de sel qui tant ressemblent à sa Camargue.

Bernard Soulier s’en est allé, et nous voilà plantés là, tous, à attendre qu’il envoie quelques photos de ces lointaines terres d’air et d’eau.

C’était la neuvième nuit de Carême et la Camargue arborait ses atours de deuil.

R.A.

(1) Extrait de « Mireille » – Frédéric Mistral