Les carnets de voyage de Bernard Déliane – #1

Mai 13, 2016 | Cuaderno de viaje

Les arènes de Villanueva del Campo

Inaugurée voici 120 ans, la Plaza de Toros de la petite localité de Villanueva del Campo, dans la Province de Zamora, a la particularité d’être l’unique plaza d’Espagne bâtie exclusivement en pisé.

Le 14 septembre 1894, pour la Fiesta del Cristo, les nouvelles arènes, fraîchement achevées par les voisins du pays, ont acclamé comme premier matador de toros Santiago Aranzaez. Il a combattu six toros de Juan Sanchez de Carretas venus de Salamanque. Les 4300 spectateurs étaient installés sur des déclivités en terre glaise constituant les tendidos soleil et ombre. Aujourd’hui, seule la banquette de la Présidence est en ciment, le reste des gradins, bien entretenu, est toujours en argile et en activité. Le matador de toros Jaime Ostos y a fait le paseo à plusieurs reprises. Pas étonnant, sa femme était née dans le bourg, à quelques dizaines de mètres de l’entrée des arènes.

Les plazas de toros de Paris

Le dimanche 16 janvier 1887, une grande fête est organisée à l’Hippodrome de l’Alma au bénéfice des inondés du Midi. Le clou du spectacle est une course de taureaux avec écarteurs nîmois et landais, et le raseteur Le Pouly de Beaucaire qui inventa en 1880 le quadrille : sauts, passes, pose de cocardes et simulacre de mise à mort. C’est un succès considérable.

Dans le cadre de l’Exposition universelle de 1889, plusieurs personnes veulent organiser des courses de taureaux. Ainsi verront le jour : « Les Arènes Parisiennes », « la Gran Plaza de Toros », « La Plaza de Toros de l’Exposition » et surtout « La Gran Plaza de Toros du Bois de Boulogne ».

Les trois premières présentaient, pour la durée de l’Exposition, tous les jeudis et dimanches des « courses aux taureaux » attractions comparables aux courses de vaches landaises : « La Plaza de Toros de l’Exposition », une arène en bois construite sur le terrain « sis à Paris rue de la Fédération n°22 à 30 », un terrain situé à proximité du Champ-de-Mars, les « Arènes Parisiennes » situées 24 quai de Billy (actuel Palais de Tokyo) et la « Gran Plaza de Toros », 31 boulevard Delessert. Toutes les trois disparaîtront, après avoir beaucoup fait parler d’elles « vu que c’était du fruit défendu et que c’était la première fois qu’on pouvait offrir ce régal aux Parisiens » précisera mademoiselle Marie Huot dans sa conférence du 11 juin 1890, au nom de la Ligue contre la vivisection dont elle est un des membres les plus passionnés, afin de protester contre cette « vivisection publique » qu’est une corrida. Elle terminera sa conférence avec ces mots : « Cette satisfaction [les corridas] leur a été accordée par le cabinet Constans, ici, en plein Paris, aux portes de l’Exposition, devenue la sentine où les sujets d’Isabelle la Catholique et du uhlan Alphonse XII, mort il y a trois ans de pourriture congénitale, ont vomi leurs déjections… Après le lupanar, l’abattoir ; après la danse du ventre au Champ-de-Mars, la danse des tripes au Bois de Boulogne. »

La « Gran Plaza de Toros du Bois de Boulogne », « conçue en maçonnerie bois et fer par MM Botrel et Malençon, architectes » est inaugurée le samedi 10 août 1889 à 15 heures.

Le Magasin Pittoresque de 1889 décrit l’arène : « Le cirque lui-même, (nous parlons des arènes de la rue Pergolèse) immense et d’une construction bizarre, saisit l’œil dès l’entrée. Soutenus par une charpente en fer monumentale, d’innombrables rangées de gradins peints en rouge, s’étagent en trois masses autour de la vaste arène où un escadron de cavalerie évoluerait, sans trop de gêne. D’en haut, rapetissés, les hommes, les chevaux et le taureau surtout, courant sur le sable, ont l’air de jouets perfectionnés, mus par d’invisible ressorts.

Au dessus de l’arène, le ciel apparaît encadré circulairement par des vélums rouges et or qui garantissent les gradins contre le soleil et la pluie. Aux énormes piliers de fonte gris sont fixés des faisceaux aux couleurs françaises et espagnoles. Enfin, au milieu des gradins du premier étage, une loge est disposée pour recevoir un assez nombreux orchestre…. Trois portes débouchent dans l’arène. L’une communique avec l’écurie des taureaux (toril), l’autre, en face, sert à évacuer les chevaux ou les hommes blessés ou contusionnés. Par la troisième enfin entre le cortège de la quadrilla. Derrière se tiennent dans une cour intérieure les cavaliers, en selle, prêts à paraître dans l’arène. »

Jusqu’en 1892, entre 15 à 20.000 spectateurs pour chaque course (28 en 1889 et 42 pour la seule année 1890 !) vont y applaudir les matadors Lagartijo, Frascuelo, Mazzantini, Angel Pastor, Currito, Cucharès, Felipe Garcia, Frascuelo l’aîné, Valentin Martin, Guerrita et Le Pouly de Beaucaire, ainsi que Tinoco et Dorego, les « cavaliers en place ». Mais aussi, Mlle Gentis, écuyère de haute école, la première a combattre un taureau « et avec une hardiesse telle, qu’elle a été longuement acclamée et couverte de fleurs ».

Il n’y aura jamais de saison 1893. Sur requête du 12 janvier 1893, la Société Anonyme de la Gran Plaza de Toros du Bois de Boulogne, au capital de 5.000.000 de francs, doit déposer son bilan. Les pièces du musée tauromachique du bâtiment d’exposition sont dispersées aux enchères et, en septembre, c’est le tour des arènes et des dépendances qui partent pour un prix dérisoire car destinées à être démolies.

Clin d’oeil de l’Histoire : c’est un bronze doré, de Paul Jouve (1878-1973), membre de l’académie des Beaux-arts, représentant un taureau de combat qui sera installé en 1937 dans la partie supérieure du bassin des jardins du Trocadéro, rappelant, involontairement, que ces arrondissements furent le haut lieu des courses de taureaux à Paris.

Corrida au cœur de l’Altiplano argentin

Depuis Abra Pampa, il est possible de se rendre par la Route 74 jusqu’au petit village indien de Casabindo, situé au cœur de la Puna, l’altiplano à 3400 m d’altitude. Ce bourg de 150 âmes, aux rues étroites, est le siège chaque année de l’unique corrida en Argentine.

Une corrida un peu particulière, où l’arène est en fait la place du village, simplement entourée d’une palissade rudimentaire et d’un mur d’adobe, sans habit de lumière ni mise à mort, mais où les volontaires les plus adroits, à l’aide d’un carré de toile rouge, vont tenter d’enlever du front du taureau, un bandeau (la vincha) incrusté de  pièces d’argent pour les offrir à la Vierge Patronne du village. Cette corrida porte ainsi le nom de « Toreo de la vincha ».

L’histoire de cette course, à l’image du razet de Camargue, remonte aux temps de la colonisation espagnole où un cacique du nom de Pantaleón Tabarcachi s’illustrait pour lutter en faveur de la liberté de son peuple et de la Vierge d’Asunción. Il portait sur sa tête un bandeau incrusté de 3 pièces d’argent du Pérou que lui avait légué son père.

Arrêté par les colons et attaché à un poteau au centre de la place de Casabindo, on lâcha sur lui deux taureaux sauvages. Pour mieux l’humilier, les colons lui enlevèrent son bandeau et l’accrochèrent sur le frontal de l’un des taureaux. Les taureaux blessèrent Pantaleón mais il réussit se défaire de ses liens et à reprendre le bandeau qu’il déposa ensuite aux pieds de la Vierge en signe de liberté et de dévotion.

Depuis lors, la fête du 15 août à Casabindo reflète le syncrétisme qui surgit de la rencontre des coutumes, de la pachamama, la déesse-terre de la tradition andine, et l’ancien catéchisme des missionnaires.