« N’espérez pas vous débarrasser des livres »*

Rodolfo Arias

 

Puisqu’avec son temps il faut donc vivre et à l’évidence se rendre, TOROnotes n’aura pas échappé à la grande vague qui submerge la presse papier : ce 11 mai 2016 marque donc la naissance de l’édition électronique de la revue baptisée comme il se doit toronautes.com.

Quelques chiffres suffisent à expliquer une telle mue. Fin décembre 2015, il existait en France 24877 points de vente de presse (quand il en existait 36000 en 1985), contre 55000 au Royaume-Uni et 120000 en Allemagne. Nul besoin d’aller chercher très loin les raisons de cette baisse des ventes de la presse papier (on ne ferme pas un commerce qui se maintient). En 2014, pour la première fois la publicité sur Internet a dépassé la presse papier (en baisse régulière ces dernières années : -9,1 % au premier trimestre 2015). Au seul premier semestre 2014, le chiffre d’affaires net de la publicité sur Internet en France a atteint 1,440 milliard d’Euros. Que pèsent là-devant les 230 millions d’aides directes de l’Etat à la presse, surtout quand on sait que les 200 titres les plus aidés (de Ouest France avec 245 millions d’exemplaires/année à Terra et ses 200000 exemplaires/année) s’en partagent en toute légitimité pratiquement les deux tiers ?

Une telle évolution va nécessairement conduire TOROnotes à s’adapter, et en périodicité, et en format et en contenus, avec peut-être une publication semestrielle plus étoffée, se rapprochant du livre qui « reste à l’heure actuelle l’unique support durable qui a pour qualité majeure de se lier émotionnellement avec son détenteur » (1).

Peut-être est-il temps en effet d’entendre avec Benoît Yvert (2) combien « le livre, c’est le temps et le silence. A l’opposé de la société contemporaine marquée par le bruit, la rapidité et l’hyperconsommation publicitaire, le livre reste l’antichambre du pacte républicain fondé sur le savoir et le mérite. La clé du livre, c’est de rester fidèle à ses fondamentaux, ce que la presse n’a pas su faire, tombant dans une sorte de course à l’échalote stérile avec les médias et perdant ses lecteurs en voulant en conquérir d’hypothétiques ».

En attendant, que le lecteur se rassure : il est hors de question que toronautes.com se départisse de sa curiosité, renonce à sa rigueur dans le traitement des dossiers proposés et cède au vertige d’Internet tel que le décrit Umberto Eco : « C’est la différence entre le doux vertige que donnent deux verres de whisky (Ndlr : ou de Ricard, ou de manzanilla…) et celui que procurent deux bouteilles de whisky (Ndlr : ou de …). Le Web, c’est le coma éthylique assuré ! On l’appelle la Toile, et c’en est une. Toile d’araignée et labyrinthe. Une structure qui est le contraire de l’arbre, organisé en branches, sous-branches… »(3).

En ce qui concerne toronautes.com, on peut compter sur la vigilance de l’équipe.

Avec la même prudence que les toreros procédant à une « tienta de machos a campo abierto », elle ne s’éloignera jamais trop de l’arbre !

 

*Titre d’un ouvrage signé Umberto Eco et Jean Claude Carrière. Editions Grasset 2009.

  • In La fin du papier ?, master professionnel en droit, mention sociologie du droit et communication juridique de Venin Leslie et Brand Charlotte. Université Paris II. Métiers de l’édition en droit, M. Guillaume Deroubaix.
  • Historien et ancien directeur du Centre national du Livre
  • In Télérama. 10/10/2009. Propos recueillis par C. Portevin à propos de l’ouvrage cité en titre.