Les saisons mortes des maletillas

L’auto à essence a remplacé la voiture à laquelle on attelait des chevaux. Le téléphone portable a supplanté la boite à manivelle que l’on usait dans les années 30. Les caméras ont pris la place des boîtes à images des années 40. La liste des disparitions de ce qui fut une invention à la mode serait encore bien longue. Par chance et par bonheur, le monde de la corrida n’a subi que fort peu de modifications. Une d’elles, cependant, n’est pas passée inaperçue : le maletilla a laissé la place à l’élève sorti d’une Ecole taurine. Cet adolescent que l’on voyait sur les routes de la région de Salamanque – la région où il y a le plus grand nombre de ganaderias – avec son sempiternel baluchon a presque disparu du paysage des contrées espagnoles. Il n’en reste que quelques exemplaires qui sillonnent des villages de Castille, au printemps ou en automne, quand sont prévues des capeas dans les villages. Mais les candidats se font rares, parce que les adversaires proposés sont souvent des vaches de cinq ou six ans, des animaux qu’on dit « resabiados » (particulièrement avisés) et qui font que le jeu n’en vaut que rarement la chandelle. Et en effet, on ne peut établir une comparaison entre ces vielles vaches « qui savent le grec et le latin » et le jeune bétail que l’on oppose aux élèves de deuxième année des cours d’une Ecole taurine. Quand on sait qu’un maletilla est toujours un garçon malin, qui se bat toujours contre les aléas de la vie, le choix est vite fait. La tradition, peut-être le folklore y perd un peu, mais pas l’efficacité. L’exemple de El Juli est le plus souvent cité lorsqu’on veut citer un bon élève de l’Ecole taurine de Madrid. Mais au demeurant, cette disparition du maletilla est bien dommage et les aficionados profonds la regrettent vraiment. Quand on vous dit que les aficionados sont des conservateurs…

Jean Louis Lopez