Pelletier_corrida

 

Si par quelque hasard miraculeux, vous parvient un jour le vestige de cette tauromachie – pour vous, sans doute, révolue – et si, par quelque prodige d’humanisme préservé – c’est-à-dire d’affectueuse curiosité pour l’humain – vous vient encore la fantaisie de vous interroger, sur nous, et sur notre absurde passion « barbare », sachez que nous n’avons rien à dire pour nous expliquer !

Encore moins pour nous défendre !
Pensez de nous ce que vous voudrez.
Essayez peut-être de comprendre que nous avons aimé Bayonne – notre cité – et que c’est déjà un sentiment anachronique.
Mais tellement puissant !
Nous étions des hommes simples, frustes et de peu d’instruction. Il nous suffisait de fermer les yeux pour voir tant de visages disparus – qu’on a aimés trop tard – de lieux perdus et de bonheurs finis….
Cela nous faisait tant de bien !
Je le répète : nous étions simples !
C’est pourquoi nous nous sommes crus heureux….
Et, franchement, nous l’avons été !
Par exemple, à travers cette tauromachie !
Nous y avons ( pardonnez-nous l’outrance) célébré l’exaltation de l’homme au-dessus de son précaire et douloureux destin.
Voilà qui vous paraît sans doute excessif, étrange, et même ridicule.
Mais à notre époque, nous avions besoin de croire l’homme capable de courage, d’intelligence et de beauté. D’y croire fort.
Cela nous rassurait pour vous, notre avenir lointain.
J’espère que ces valeurs sont si universelles pour vous qu’elles n’ont plus besoin d’être démontrées.
Mais si, pour finir, quelque chose en nous vous paraît encore obscur, remontez quelques siècles de plus.

Ecoutez Villon, comme nous :

« Frères humains qui après nous vivrez… »

Il vous expliquera !
Ce n’était pas un aficionado, mais il était si près de nous !
.
.

Claude PELLETIER, 25 mai 1993